Se focaliser sur les dividendes, est-ce une erreur ?

Comment gagne t-on de l’argent en bourse ?

Schématiquement, de deux manières :

Appréciation du cours de l’action (croissance) : sur le long terme, l’augmentation du cours de bourse suit celle des bénéfices de l’entreprise.

Perception de dividendes (rendement) : ils peuvent représenter 40% de l’augmentation du cours d’une action sur longue période.
Le gain sur une action doit tout de même se faire en prenant en compte le total return après fiscalité et c’est là que le bât blesse concernant les entreprises versant de gros dividendes.

Pourquoi les entreprises versent-elles des dividendes ?

Les dividendes représentent une partie des bénéfices réalisés par la société qui est reversée aux actionnaires.
Certains peuvent considérer qu’il s’agit d’une rémunération du risque pris par l’investisseur pour soutenir la société, d’autres que cela fidélise l’actionnaire (si l’entreprise évolue dans un secteur qui n’a pas les faveurs du marché…).
En revanche, d’autres investisseurs peuvent préférer que l’entreprise ne verse pas de dividende mais garde le matelas de liquidités pour améliorer son retour sur capital investi, développer de nouvelles sources de revenus, réaliser de nouvelles acquisitions…

C’est d’ailleurs ce que pense depuis ses débuts, Warren Buffett qui a toujours préféré que Berkshire Hathaway ne verse pas de dividende pour continuer à faire croître son entreprise, tout en sachant que l’actionnaire serait gagnant via l’appréciation du cours de l’action (ce qui lui donne raison depuis plus de 30 ans…).

Il y a ce que l’on appelle les « dividends aristocrats » : ce sont des entreprises du S&P500 qui ont augmenté chaque année depuis plus de 25 ans le montant de leur dividende. La liste est réévaluée chaque année et permet à l’investisseur de faire son choix en connaissance de cause.

De l’influence des biais comportementaux en bourse

La finance comportementale s’évertue à analyser l’impact du tempérament de l’investisseur sur ses performances et il s’avère que très souvent, l’investisseur est son propre ennemi.
Orienter son portefeuille vers les entreprises versant des dividendes, c’est se laisser dominer par la peur en se disant que si les cours baissent, il y aura au moins le dividende sur le compte pour compenser.
Sauf que dans la quasi-totalité des cas, une entreprise dont le cours ne fait que baisser mais qui verse un dividende « gras » représentant un rendement de 9% par exemple est une entreprise potentiellement en déclin ; l’investisseur percevra son dividende mais la perte liée à la dépréciation de la valeur de l’action sur le marché sera nettement plus élevée.

Evidemment, en phase de consommation, avoir une poche « rendement » se défend plus qu’en phase de capitalisation ; c’est en effet à ce moment, que l’investisseur ne raisonne plus tant en capital/stock qu’en flux de trésorerie pour couvrir ses dépenses.

Pourquoi un portefeuille boursier orienté dividende est une erreur en phase de capitalisation ?

Nous prendrons l’exemple d’un particulier voulant construire un portefeuille boursier sur CTO.

En phase d’accumulation (constitution de patrimoine), l’investisseur est un acheteur net d’actions (il achète bien plus qu’il ne vend). Il est dans une démarche de capitalisation : faire croître son patrimoine. Pour cela, il faut éviter les vents contraires, les freins à la capitalisation.

Lorsque l’entreprise verse un dividende, elle s’appauvrit. Si elle n’avait pas versé ce dividende, elle aurait pu réinvestir cette somme (à un taux de rendement élevé) dans son outil de production, faire de la croissance externe…et permettre une appréciation au long cours du prix de l’action.

  1. La perception d’un dividende entraîne une imposition de l’investisseur.
  2. Réinvestir le dividende nécessite de payer des frais d’achat.
  3. Réinvestir le dividende nécessite de le faire composer à un taux plus élevé que si l’entreprise avait gardé le cash pour en tirer le meilleur parti.
  4. L’entreprise s’est « appauvrie » du montant du dividende et l’investisseur pense, à tort, s’être en contre-partie « enrichi ».

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Les ETF capitalisants versent-ils des dividendes ?

Absolument ! Et c’est bien l’intérêt d’acheter des ETF capitalisants (construire un portefeuille diversifié d’ETF) : les dividendes versés par les entreprises sont automatiquement réinvestis en parts d’ETF sans que l’investisseur n’ait eu à payer des taxes/impôts sur dividende et des frais de réinvestissement. Les dividendes peuvent représenter un rendement de 2% environ sur un ETF répliquant le S&P500 ; ainsi la capitalisation suit son cours et l’effet boule de neige également, à l’abri de tout frottement fiscal.

Que faire en phase de consommation du portefeuille boursier ?

En pratique, lors de la phase de consommation, l’investisseur en ETF peut tout à fait vendre des parts d’ETF pour financer ses dépenses (c’est un peu comme s’il se verser des « dividendes ») mais c’est beaucoup plus intéressant fiscalement que de percevoir un dividende :
– L’investisseur qui vend des parts d’ETF choisit le moment auquel il le fait (l’investisseur dividende reçoit ses dividendes selon le calendrier fixé par l’entreprise).
– Sur une vente de part d’ETF, il y a une partie capital investi et une partie gain (plus-value) : c’est sur cette dernière que s’appliquera la flat-tax de 30% (alors qu’elle s’applique sur la totalité d’un dividende classique) pour un résident fiscal français.

Il est donc primordial de bien comprendre qu’une stratégie efficiente doit prendre en compte le total return net de fiscalité et la situation la moins intuitive (vente de parts d’ETF) peut s’avérer plus intéressante que la perception d’un dividende.

On notera, à juste titre, que l’investisseur en ETF pourrait être en difficulté en cas de bear-market s’il était obligé de vendre « bas » des parts d’ETF. C’est bien pour cela qu’il aura prévu une large part de liquidités/fond euros (correspond par exemple à 5 ans de dépenses) afin de puiser dedans le temps de laisser passer l’orage boursier.

Quelle attitude saine faut-il avoir vis-à-vis des dividendes ?

En CTO, il faut privilégier les actions qui versent un dividende représentant un rendement de 2% ou 3%. Ce montant augmentera vraisemblablement au cours du temps et pourrait représenter un rendement bien plus élevé (sur le montant investi) au moment de la phase de consommation du portefeuille.

En phase de capitalisation, il vaut mieux acheter une action qui verse un faible dividende mais dont le montant augmentera ainsi que le cours de l’action plutôt qu’une action avec un rendement de 8% dont le cours stagnera sur le long terme.

Un particulier qui entame sa phase de consommation peut tout à fait décider d’avoir un portefeuille mixte de croissance et orienté dividendes car sa logique n’est plus celle de la capitalisation maximale (orientation valorisation du stock) mais celle de vivre des revenus de son portefeuille (orientation flux de trésorerie).

Ces entreprises dites « à dividendes » ont une volatilité moindre que les sociétés de croissance, ce qui permet à l’investisseur en phase de consommation de stabiliser son portefeuille et de mieux gérer les fluctuations de cours, tout en percevant un revenu. Les entreprises matures à haut rendement ont un béta qui fait qu’elles baissent moins que le marché en bear market (préservation relative du capital) mais qu’a contrario elle sous-performe en bull market : cela peut donc tout à fait convenir à un particulier en phase rentière.

Il existe également des ETF répliquant un indice low volatility : un investisseur en titres vifs peut y trouver la liste des entreprises les moins volatiles pour faire son stock-picking.

Le point fondamental, mais qui est entièrement lié à la chance, c’est le point d’entrée sur les valeurs dites de rendement : un investisseur qui crée un portefeuille de rendement en pleine crise Covid (avec l’action Total à 23 € en mars 2020 par exemple) c’est une aubaine pour le rendement sur prix de revient car il va bénéficier à la fois du rendement du dividende et de la reprise haussière du cours en sortie de bear market. C’est la fameuse marge de sécurité de Benjamin Graham (L’investisseur intelligent).

Choisir la bonne enveloppe fiscale pour investir

Si l’investisseur souhaite un portefeuille mixte dividende et croissance au sein d’une allocation d’actifs globale bien définie, il faut qu’il choisisse la bonne enveloppe fiscale, sous peine de voir baisser son rendement net après fiscalité.

En PEA : privilégier les titres versant des dividendes (pour rappel les foncières ne sont pas éligibles en dehors de l’immobilier comme Nexity ou CBO). Lors de la perception du dividende, pas d’imposition immédiate et réinvestissement au sein du PEA.

En CTO : privilégier les ETF capitalisants pour éviter toute perception de dividende immédiatement fiscalisé (ex : flat tax de 30%) faisant ralentir la boule de neige des intérêts composés.
Y loger les aristocrates US du dividende (pas de possibilité de les mettre en PEA).

Donc en pratique…

Investir dans des sociétés qui ont un historique de performance solide, qui versent un dividende peu élevé mais en croissance régulière et dont le cours de bourse croit également sur le long terme est une méthode qui tient la route si elle est associée à un volet indiciel (investissement en ETF) pour être certain de capter la performance du marché (approche mixte).

Ce qu’il faut absolument éviter en phase de capitalisation/constitution de patrimoine ce sont les entreprises qui versent un dividende « gras » (high yield/haut rendement) car elles sont matures et évoluent le plus souvent dans des secteurs en déclin (le dividende étant un des derniers moyens utilisés pour « retenir » l’actionnaire).


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